Independencia : les germes de la colère

La fièvre de l’indépendance enflamme la Catalogne. Après une session parlementaire sous haute tension, le parlement catalan déclare l’indépendance. Mais comment en est-on arrivé là ? Pour le comprendre, il faut remonter jusqu’aux origines des germes de la colère… 

Le 9 septembre 1932

La Catalogne est officiellement proclamée région autonome. Ce tout premier statut d’autonomie est soutenu par le président de la Généralité de Catalogne de l’époque, Francesc Macià, et ses alliés républicains. Il fut plébiscité par 99% des électeurs lors de la tenue du référendum. Une décision historique qui fait date dans l’histoire catalane.

Le 17 juillet 1936

“L’armée a décidé de rétablir l’ordre en Espagne”. Le généralissime Francisco Franco prends le pouvoir. A la fin de l’année 1937, le gouvernement espagnol s’installe à Barcelone. Après deux ans de lutte, la route de la Catalogne est ouverte aux franquistes. Toute l’Espagne est désormais sous son joug. L’autonomie de la région disparaît brutalement. Il est même interdit de parler la langue… Le mouvement de protestation catalan devient le fondement de la critique du régime franquiste. En 1968, la chanson “L’estaca” devient d’ailleurs l’hymne de la résistance à Madrid.

« Si nous tirons tous, il tombera. Cela ne peut durer plus longtemps. C’est sûr il tombera, tombera, tombera  »  Lluís Llach, L’estaca

Le 20 novembre 1975

Franco meurt, la dictature avec lui. Après quarante ans de tyrannie, la démocratie reprend ses droits sous l’impulsion du Prince Juan Carlos de Bourbon qui devient roi d’Espagne. Il écarte très vite les franquistes conservateurs de la scène politique pour définitivement clôturer l’ère de Franco. En 1979, la Catalogne et le Pays basque recouvrent leur statut d’autonomie. Le Catalan devient la langue officielle dans les mairies et les écoles. La “Generalitat de Catalunya” devient le véritable organe du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire de la nouvelle communauté autonome.

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La Casal d’Entitats Mas Guinardó de Barcelone ©Flickr

Juin 2010

Coup de tonnerre de la cour constitutionnelle qui retoque le nouveau statut d’autonomie de la Catalogne, à la demande du chef du parti du gouvernement Mariano Rajoy. Le statut de Miravet, adopté en 2006 par le parlement espagnol, accordait des compétences élargies à la région catalane. La Catalogne est définie comme étant une « nation » à l’intérieur de l’Espagne. Le Parti populaire espagnol (PP, de droite conservatrice) s’est opposé au nouveau statut dès son adoption, et a saisi le Tribunal constitutionnel en 2006. José Luis Rodríguez Zapatero, alors secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et chef de l’opposition, s’était engagé, lui, en faveur du projet. Le premier bras de fer entre Mariano Rajoy et la Catalogne s’amorce.

Le 6 septembre 2017

Les hostilités sont lancées. Le parlement catalan promulgue une loi régionale planifiant un référendum au nom « du droit du peuple catalan à décider de son avenir politique ». Après avoir remporté de justesse les élections régionales de 2015, les séparatistes ont promis de conduire la Catalogne à l’indépendance. Il est décidé que le vote se tiendra le 1er octobre. Une crise majeure s’ouvre alors avec le pouvoir central espagnol. Le tribunal constitutionnel déclare le référendum illégal.

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Une petite fille coiffée du drapeau catalan lors d’une manifestation ©Flickr
« Il n’y aura pas de référendum d’autodétermination » Mariano Rajoy

Le 20 septembre 2017

Des perquisitions sont conduites par la Guardia civil à Barcelone et dans d’autres villes de Catalogne. Une douzaine de membres du gouvernement régional sont mis aux arrêts. Le parquet général ordonne aux procureurs catalans de citer à comparaître les élus catalans pro-référendum et à les faire arrêter s’ils ne se présentent pas. Les manifestations explosent dans tout le pays.

Le 1er octobre 2017

Le référendum tant attendu a eu lieu. Les premiers votants se lèvent aux aurores, l’ambiance est enjouée et festive. La suite, vous la connaissez. Des gueules cassées aux urnes volées, l’émoi dépasse largement les frontières catalanes. Un mouvement de fureur s’empare des catalans, provoquant des manifestations monstre dans les jours qui suivent. Les tensions n’ont jamais été aussi vives. Le “oui” l’emporte à près de 90% même si le taux de participation n’est que de 42.3%.

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Une manifestation pro-indépendance à Barcelone ©Flickr
« Nous ne sommes pas des délinquants. Nous ne sommes pas des fous. Nous ne sommes pas des putschistes » Carlos Puigdemont

Aujourd’hui, la situation est cacophonique. Le discours prononcé par le président de la Catalogne Carlos Puigdemont face au parlement le 10 octobre dernier, parle de lui-même. Le véritable bras de fer entre Madrid et Barcelone commence aujourd’hui. Chacun se place en victime, même si la très grande majorité de l’Europe a choisi son camp, celui de Madrid. L’avenir n’a jamais été aussi incertain pour la Catalogne…

Romain Ethuin

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